L'exposition « Savoir Faire Savoir » a été présentée du 26 juin au 18 août 2019 à la Galerie des Galeries , située au 1er étage des Galeries Lafayette Haussmann. Cette exposition proposait « un voyage créatif à la redécouverte des Ateliers de la Maîtrise, maison d'édition de mobilier interne aux Galeries Lafayette. » A cette occasion, la maison d'édition WE DO NOT WORK ALONE a réalisé une collection d'objets usuels créés par des artistes et fabriqués par des artisans français et des entreprises du patrimoine vivant.

Nous avons alors été contactés par les artistes Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize, les créateurs du miroir Ghislaine, dont le cadre en faïence a été entièrement fabriqué et illustré à la main dans notre atelier.
Alexandre & Florentine Lamarche- Ovize (nés en 1980 et 1978, vivent et travaillent à Aubervilliers) travaillent ensemble depuis 2006. Leur pratique hybride et plurielle associe la sculpture et le dessin. La cadre du miroir Ghislaine, en faïence de Nevers décorée à la main, combine des volumes originaux tirés de leur propre répertoire et des éléments issus du fond historique de moules de la Faïencerie Georges à Nevers. Les décors ont été dessinés à partir des motifs historiques de la Maîtrise. Cette proposition explore l’appropriation du patrimoine.
Ce miroir, fabriqué en édition limitée à 25 exemplaires, est en vente sur la e-boutique de la Galerie des Galeries .

LA GENÈSE DU PROJET
A&F L-O Notre miroir est né de l’envie de nous plonger dans les motifs de papier peint de la Maîtrise du début du xxe. Dans les périodes d’avant-guerre et les années folles, ces motifs souvent floraux évoquent un passé du motif complexe car ils oscillent entre l’intérêt plastique pour une forme comme le bouton d’or mais convoquent aussi une idée de voyage, d’exotisme qui pose la question de la réappropriation culturelle. Nous avons découvert les cartons au Musée des arts décoratifs, c’était très émouvant car certains sont restés à l’état de croquis, d’autres n’ont plus d’auteur.e.s ou sont affiliés à des manufactures qui ont disparues. La plupart ont été dessinés par des femmes (« Ghislaine », l’une d’entre elles, a donné son nom à la pièce). Ces fragments souvent privés de leur avènement nous ont donné envie de dialoguer avec eux et de les mettre en volume un peu comme des ruines.
WDNWA Quel rapport cette édition entretient-elle avec votre pratique ?
A&F L-O Nous avons redessiné plusieurs fois les motifs de la Maîtrise, les avons modélisés en terre avec la faïencierie Georges. C’est notre approche du passage du dessin au volume. Le défi technique était de réaliser un moule à la hauteur des savoir-faire du début de la faïencerie, de retrouver ces gestes de 1898.
WDNWA Une partie de la commande nécessitait de faire appel à des entreprises du patrimoine vivant, garantes d’une pratique artisanale ancrée historiquement et géographiquement.
A&F L-O Nous avions déjà collaboré avec la faïencerie Georges. Nous les avions plongé dans la collection des moules de la manufacture, via la technique de l’émail à cru de Nevers. L’idée ici était de mettre en lumière les histoires oubliées des dessinatrices de la Maîtrise et de les croiser avec ces moules entreposés en attente de nouvelles combinaisons.
WDNWA Pour le décor du cadre, vous avez extrait quelques motifs des papiers peints édités par la Maitrise. Puis, il y a eu une seconde transcription par la main de l’artisan. Pouvez-vous parler de ce phénomène de traductions successives par le dessin ?
A&F L-O Le motif a cette qualité très volatile de passer de main en main tout en gardant l’influence précédente. Dans notre collaboration avec Carole Georges le dessin est envisagé comme une traduction, avec le caractère d’interprétation inévitable qu’elle comporte. La première fois que nous avons découvert les motifs de papiers peints de la Maîtrise, collectivement nous les avons trouvés très contemporains, cela doit venir de ce jeu.